Marine Hugonnier, projection et rencontre au Cinéma Spoutnik

Projection de Ariana (2003), The Last Tour (2004), Amazonia (2006)
Suivie d’une discussion avec l’artiste
Entrée libre

Ariana1

Les trois films de cette trilogie brouillent et réinterrogent les frontières entre la fiction et le documentaire. Ils prennent le temps d’examiner le contexte politique et culturel de territoires particuliers et questionnent la politique des images qu’ils suscitent. Ces films sont des mouvements de pensée, des réflexions, réalisés en marchant au fil de voyages. Ils tentent de définir un autre type d’expérience; une expérience des images à travers le monde plutôt que du monde à travers les images.

Ainsi, Ariana (2003) raconte l’histoire d’une équipe de tournage dans la vallée du Pandjchir, au nord de l’Afghanistan. The Last Tour (2004) est un film de fiction dont l’action se passe à la fin de l’âge du spectacle, à un moment où les attractions touristiques ferment au public et Travelling Amazonia (2006) se déroule sur la Trans-Amazonienne, le grand projet inachevé de la dictature militaire brésilienne.

Cinéma Spoutnik
11 rue de la Coulouvrenière
1204 Genève

burning then

15 septembre – 12 novembre 2017

Avec Louidgi Beltrame, Christoph Draeger, Oscar Farfán, Raphaël Grisey et Marine Hugonnier

Prologue * Tony Morgan

Le 16 juillet 1945, la première bombe atomique de l’Histoire explose dans le désert du Nouveau-Mexique, aboutissement du projet Manhattan initié en 1942 par les États-Unis. Élaboré en lien avec le Royaume-Uni et le Canada, le projet resta longtemps confidentiel, les ouvriers ne sachant pas eux-mêmes ce sur quoi ils travaillaient. Ça n’est que lorsque les bombardements américains eurent lieu les 6 et 9 août 1945 sur les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki que le monde découvrit la puissance de l’arme atomique et le désastre humain et environnemental que représente cette invention.
Au-delà de la remise en cause de cette avancée scientifique en tant que « progrès », de nouvelles pensées se mettent en place au lendemain des bombardements – tant écologiques, économiques que scientifiques – et provoquent également un bouleversement dans le domaine de l’architecture.
Ainsi, à la fin de la seconde guerre mondiale, l’architecte américain Oscar Newman dessine le plan d’une large sphère, ville souterraine située sous New York ; si ce projet appartient à l’utopie architecturale plus qu’à la réalité, il est symptomatique des nombreux projets d’habitats comme de défenses développés pendant la période de guerre froide qui suivit. Certaines de ces architectures sont encore debout, d’autres sont à l’état de vestiges et d’autres encore ont disparu, volontairement enfouies, selon la volonté de gouvernements d’effacer les témoins d’un temps qui ne correspondraient plus à l’image du présent[1].

Qu’il soit culturel, naturel ou construit, le paysage est porteur d’histoires, accumulant le poids du passé dans des marques visibles ou invisibles, matérielles ou non. Parallèlement à l’évolution climatique et à l’utilisation excessive des ressources qui se sont dramatiquement accélérées depuis le siècle dernier, les conflits et les catastrophes apportent aussi leurs empreintes aux paysages.
Gardant mémoire de ce qui se passe sur son sol, le paysage est témoin autant que partenaire des événements historiques – partageant des liens étroits d’interdépendance et des interactions constantes avec les hommes qui l’habitent.

burning then rassemble ainsi des pièces d’artistes qui se sont concentrés sur des lieux, en Ukraine, en Allemagne, en Afghanistan ou au Guatemala, où le passé transparaît encore dans un processus d’érosion, plus ou moins visible selon les histoires qui les ont marqués, selon la résilience de la nature et des gens, la volonté des habitants, des historiens et des artistes eux-mêmes. Témoins de mouvements politiques et de conflits passés, de catastrophes plus ou moins récentes, les territoires explorés par les artistes montrent que l’histoire est encore présente, à vif, et continue d’agir, même de manière souterraine, silencieuse, qu’elle continue de brûler.
Paradoxalement, au pire des catastrophes la vie ne disparaît pas toujours, et continue elle aussi de persister. Certains arbres morts repoussent sur les terrains entièrement calcinés, des années plus tard ; dans la zone d’exclusion de Tchernobyl, à l’abri des activités humaines après l’accident, se serait aussi développée une faune sauvage exceptionnelle, apparemment en bonne santé malgré le taux immense de radiations…

[1] Les récents débats aux États-Unis concernant les statues de personnalités actives lors de la guerre de Sécession et
favorables à une Amérique blanche témoignent de l’actualité de ces questions.


burning then

September 15 – November 12, 2017

With Louidgi Beltrame, Christoph Draeger, Oscar Farfán, Raphaël Grisey and Marine Hugonnier 

On July 16th 1945, the first atomic bomb in history exploded in the New Mexico desert. It was the culmination of the Manhattan Project initiated by the United States in 1942. Developed in collaboration with the United Kingdom and Canada, the project long remained confidential, to the extent that even its laborers did not know what they were working on. It was only after the Americans bombed the Japanese cities of Hiroshima and Nagasaki on the 6th and 9th of August 1945 that the world discovered the power of atomic weapons and understood the human and environmental disaster that this invention represented.
Beyond the questions raised about whether or not this scientific advance constituted “progress”, new ecological, economic and scientific ideas arose in the aftermath of the bombings, which also provoked an upheaval in the field of architecture.
At the end of the Second World War, American architect Oscar Newman designed the blueprint for a large sphere, an underground city located below New York; although this project was more of an architectural utopia than a reality, it was typical of many housing and defense projects developed during the subsequent Cold War period. Some of those pieces of architecture are still standing, while others have been reduced to vestiges, and still others have disappeared, deliberately buried in line with governments’ desire to erase all evidence of a time that no longer fits with their image of the present[1].

Whether they are cultural, natural or constructed, landscapes are carriers of history, accumulating the weight of the past in visible and invisible marks, both material and immaterial. Along with climate change and resource overuse, which have accelerated dramatically over the past century, conflicts and catastrophes also leave their imprint on landscapes.
Keeping in memory what happened on its soil, the landscape is both witness and partner to historical events – sharing strong ties of interdependence with the people who inhabit it, and constantly interacting with them.

burning then brings together works by artists who have focused their attention on sites, in Ukraine, Germany, Afghanistan or Guatemala, where the past is once again showing through in a process of erosion. It is more or less visible depending on the history that has marked them, depending on people’s natural resilience, on the will of inhabitants, of historians, and of the artists themselves. As witnesses of bygone political movements and conflicts, of more or less recent catastrophes, the territories explored by the artists show that history is still present, exposed, and continues to act, even silently below the surface—that it continues to burn.
Paradoxically, when the worst catastrophes strike, life does not always disappear. It, too, continues to persist. Some dead trees grow back years later on completely charred landscapes; in Chernobyl’s exclusion zone, shielded from human activity after the accident, an exceptional wild fauna has developed, apparently in good health despite the extremely high radiation level…

[1] Recent debates in the United States surrounding statues of Civil War figures who favored a white America show that these questions are still relevant.