Eternal News de Tony Morgan

Tony Morgan (*1938-2004, GB)
Eternal News, 1997
Vidéo Betacam transférée sur DVD, 7’20”, couleur, son
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC)

À la fois drôle et cynique, Eternal News propose un journal télévisé qui serait toujours d’actualité. Réalisé dans le cadre d’un des premiers « Anniversaire de l’art » au Mamco – musée d’art moderne et contemporain de Genève, selon l’idée et la date proposées par l’artiste Robert Filliou dans son « Histoire chuchotée de l’art » en 1963, cette vidéo a été diffusée lors d’une soirée de performances participatives.
Ancrée dans l’esprit des performances Fluxus et imaginée dès 1970, la pièce fait écho au concept d’ « Eternal Network », (équivalent en anglais de « fête permanente » selon les artistes), développé en 1968 par Filliou avec George Brecht, qui désignait un large réseau d’artistes liés à l’esprit Fluxus par-delà les temps et les lieux.
Vingt ans après, ce journal télé parodique, excessif et ironique à plus d’un titre – auquel participent par ailleurs des acteurs culturels genevois -, résonne de manière étonnante avec les préoccupations d’aujourd’hui, qu’il s’agisse de l’urgence climatique ou des inégalités sociales.

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Tony Morgan (*1938-2004, GB)
Eternal News, 1997
Betacam video transfered on DVD, 7’20”, colour, sound
Collection of the Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC)

At once amusing and cynical, Eternal News presents a TV news program that would always be up-to-date. Created in the context of one of the first “Art Birthday” at Geneva’s Mamco (Musée d’art moderne et contemporain), and based on an idea and date suggested by artist Robert Filliou in his “Whispered History of Art” in 1963, this video was screened during an evening of participatory performances.
Rooted in the spirit of Fluxus performances and conceived already in 1970, the piece echoes the “Eternal Network” concept that Filliou developed with George Brecht in 1968 (English equivalent of “Fête permanente” according to the artists). It designated a large network of artists connected to the Fluxus spirit, beyond times and places.
Twenty years later, this parodic TV news program – which is excessive and ironic in more ways than one, and features contributions from Genevan cultural figures – surprisingly echoes contemporary concerns such as climate change and social inequality.

Upside Down Touch of Evil de Mark Lewis

Mark Lewis (*1957, CA)
Upside Down Touch of Evil, 1997
Film 35 mm transféré sur vidéo Betacam, NTSC, noir/blanc, numérisé, stéréo, 4’41”
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC)

Sorti en 1958, Touch of Evil (La Soif du mal) d’Orson Welles est un film policier culte dont la scène d’ouverture fit date dans l’histoire du cinéma : un très long plan séquence, réalisé à l’aide d’une grue, amorce l’action et propose au spectateur de suivre dans les rues d’une petite ville une voiture contenant une bombe prête à exploser. Si la déflagration aura bien lieu à la fin de la scène, la technique utilisée pour filmer l’action permet une fluidité de l’image puisqu’il n’y a pas de coupure dans la séquence, donnant à l’intrigue une place prépondérante. En 1997, Mark Lewis revisite ce passage avec Upside Down Touch of Evil, vidéo dans laquelle les images sont renversées, rendant par ce procédé la compréhension beaucoup plus ardue et cassant la fluidité de la narration mise en place par Welles. Cette pièce est significative de la pratique de l’artiste, qui s’intéresse davantage au médium du cinéma en lui-même qu’à ses possibilités narratives, disséquant les différents éléments constituants la pratique cinématographique pour mettre en évidence les techniques derrière la production d’un film.


Mark Lewis (*1957, CA)
Upside Down Touch of Evil, 1997
35 mm film transferred to Betacam, NTSC, black/white, stereo, 4’41”
Collection of the Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC)

Released in 1958, Orson Welles’s Touch of Evil is a cult detective film whose opening scene was a milestone in the history of the cinema: a very long sequence shot, made with the help of a crane, triggers the plot and invites the viewer to follow through the streets of a small town a car containing a bomb ready to go off. If the explosion does indeed take place at the end of the scene, the technique used to film the action permits a fluid image, because there are no cuts in the sequence, which gives the plot itself a predominant place. In 1997, Mark Lewis revisited that passage with Upside Down Touch of Evil, a video in which the images are reversed, rendering our understanding much harder through that procedure, and breaking the fluidity of the narrative set up by Welles. This work is indicative of the artist’s praxis, for he is more interested in the film medium per se than in its possible narratives, dissecting the various elements composing the film to highlight the techniques behind the production of a film.

Tempo risoluto de Kosinki

Diaporama, 6’15’’, posté sur YouTube

Poète, écrivain, essayiste et critique littéraire français, Chris Marker (de son vrai nom Christian Bouche-Villeneuve) débute la réalisation de films et d’essais documentaires au début des années 1950 et opère sous divers pseudonymes durant toute sa carrière. Réalisé à la fin de sa vie, tandis qu’il oeuvrait principalement sur le Web, Tempo risoluto est mis en ligne sur sa chaîne YouTube, créée sous le nom de “Kosinki”. Diaporama d’images relatives à la révolution égyptienne de 2011 défilant sur un fond doré, la pièce est accompagnée d’une musique classique. Très courants sur le Web pendant la période des printemps arabes, ce genre de diaporamas donne une forme et une perspective aux événements de la révolte, fait passer des messages à caractère politique, érige des figures de leaders, de martyrs ou de héros. Après la vue du buste fissuré de l’ex-président Moubarak, les images en morceaux se recomposent, comme une histoire à reconstruire. Si l’on ne peut déterminer l’intention précise de Marker – qui ne s’est pas exprimé à ce sujet – ni la provenance des images, il est certain que la libre circulation des photographies et des vidéos sur cette immense mémoire collective qu’est le Web le fascinait, ainsi que la dilution de la notion même d’auteur.


The French poet, writer, essayist and literary critic Chris Marker (whose real name was Christian Bouche-Villeneuve) began to make films and documentary essays in the early 1950s, and worked under various pseudonyms throughout his career.
Tempo risoluto was made at the end of his life (he died in 2012), when he was working mainly on the Internet, and put online on his YouTube channel, created under the name of “Kosinki”. The piece is a slideshow of images to do with the Egyptian revolution of 2011, scrolling past on a gold background, accompanied by classical music. This type of slideshow, which was very widespread during the Arab Spring, lends form and perspective to the events involved by the uprising, transmits political messages, and promotes figures of leaders, martyrs and heroes. After an initial picture of a cracked statue of former president Mubarak, the fragmented images are put back together, like a story to be reconstructed. It is not easy to pin down either Marker’s precise intention or the sources of the imagery, but there is no doubt that the free circulation of photographs and videos on that huge collective memory known as the Internet fascinated him, as did the watering down of the very notion of auteur.

Bougies vénitiennes de René Bauermeister

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Vidéo Betacam SP numérisée, noir/blanc, son, 5’,1975                                                                                           Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC)

Pionnier de l’art vidéo en Suisse, René Bauermeister réalise ses premiers films en 1969, expérimentant le médium, jouant avec la surface du film et utilisant des objets qui l’entourent. Bougies vénitiennes montre, en plan fixe, quatre bougies allumées de différentes longueurs disposées dans un récipient qu’un tuyau remplit d’eau. Alors que les bougies s’éteignent une à une – seule la flamme de la plus haute dépasse encore de l’eau – une main apparaît, déclenche un ventilateur en arrière plan, qui éteint la dernière bougie. Proche du gag, Bougies vénitiennes affirme dans le même temps une temporalité et une inéluctabilité auxquelles le titre fait écho – Venise finira bien inondée. Faisant appel à l’imaginaire, ce titre évoque également de manière poétique les problématiques environnementales actuelles.


As a video art pioneer in Switzerland, René Bauermeister made his first films in 1969, experimenting with the medium, playing with the film’s surface, and using objects around him. In a static shot, Bougies vénitiennes (Venetian Candles) shows four lit candles of different lengths placed in a recipient which a tube is filling with water. As the candles go out one by one—only the tallest flame is still above the water—a hand appears, and switches on a fan in the background, which puts the last candle out. Akin to a joke, Bougies vénitiennes at the same time asserts a time-frame and an inevitability echoed by the title—Venice will end up being flooded. In summoning the imagination, this title also poetically evokes present-day environmental issues.

 

Crier jusqu’à l’épuisement de Jochen Gerz

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Vidéo Betacam SP numérisée, noir/blanc, son,19’26″, 1972                                                                                    Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC)

Première œuvre vidéo de l’artiste, Crier jusqu’à l’épuisement est une performance sans public tournée à proximité du chantier de l’aéroport de Paris Charles de Gaulle le 7 mars 1972. Jochen Gerz, debout en haut d’une butte, crie « Hello » face à la caméra jusqu’à ce que sa voix devienne trop faible pour continuer. Performance physique, Crier jusqu’à l’épuisement est une tentative de communication avec la machine mais également un duel entre l’artiste et la caméra, technique capable d’enregistrer et de reproduire son geste à l’infini.

Installée dans le hall d’accueil de la Médiathèque du FMAC, la pièce fonctionne comme un appel vers de potentiels spectateurs et un constat tragi-comique puisqu’aucune interaction n’est possible.


The artist’s first video work, Crier jusqu’à l’épuisement (To Cry until Exhaustion) is a performance without an audience filmed close to the construction site at Charles de Gaulle airport near Paris, on 7 March 1972. Standing at the top of a mound, Jochen Gerz shouts “Hello” looking at the camera, until his voice becomes too weak to carry on. As a physical performance, Crier jusqu’à l’épuisement is an attempt to communicate with the machine, but also a duel between artist and camera, a technique capable of recording and reproducing his gesture ad infinitum.

Installed in the reception hall of the Media Library at the FMAC, the piece functions both like a call to potential spectators, and a tragic-comic state of affairs, because no interaction is possible.