Procuration#3 : Collettivo UP

La banda magnetica ou le casse du siècle

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27.04 – 16.06.2018 / 04.27 – 06.16.2018

Brouillé c’est un stade plus loin. Ce serait un état aussi.
Vous nous avez embrouillés. C’est performatif.
Brouiller c’est montrer qu’il y avait autre chose avant. On ne sait pas toujours quoi mais c’est convoquer l’espoir que ça revienne.
Nous aimerions reconnaître les brouillés.
Faudra d’abord brouiller les pistes.

Collettivo UP est l’entité sous laquelle les membres de l’espace d’art lausannois Urgent Paradise interviennent hors de leurs propres murs. Collettivo UP est la possibilité de l’expérimentation, de la fiction, du risque et de la recherche.


What threats might be hovering over the FMAC collection and why is the banda magnetica involved?

Collettivo UP is the organization under whose aegis members of the Lausanne art venue Urgent Paradise work beyond their own walls. Collettivo UP offers a chance to experiment, take risks, and undertake research. Where facts are interpreted, the course of events is manipulated, and the form of the exhibition is challenged by the development of a ction which foreshadows and is invariably intermingled with the formal approach.

Procuration #2 : All those moments will be lost in time like tears in rain

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© Thomas Maisonnasse

9.12.2017 – 4.02.2018 / 12.09.2017 – 02.04.2018

Avec / With Sarah Burger, Matthias Gabi, Ana María Gómez Lopez, Alexis Guillier & Méryll Ampe, Arvo Leo, Ceel Mogami de Haas & Mathieu Arbez-Hermoso, Lena Maria Thüring, Emile Zile
Prologue* Terence Broad

Sarah Burger et Ceel Mogami de Haas proposent une exposition sonore en lien avec le projet Tu’i Malila qu’ils développent actuellement, basé sur leur intérêt commun pour le film Blade Runner de Ridley Scott (1982). A l’occasion de cette procuration à la Médiathèque, ils connectent cette recherche à l’œuvre polymorphe de Chris Marker, conservée dans le fonds Christophe Chazalon au FMAC, et invitent huit artistes à la questionner, la redistribuer et l’interpréter.
Cette exposition est introduite par le film Autoencoding – Blade Runner de Terence Broad.


The artists Sarah Burger and Ceel Mogami de Haas are putting on an audio exhibition in relation to their ongoing project Tu’i Malila based on their common interest in the film Blade Runner by Ridley Scott (1982). For the occasion of this procuration at the Médiathèque they relate their research to the polymorphic work of Chris Marker as it is collected in the Fonds Christophe Chazalon at FMAC and invite eight artists to question, redistribute, and interpret it.
The exhibition is introduced by Terence Broad’s video work
Autoencoding – Blade Runner. 

 

Procuration #1 : Aurélie Pétrel

Photographiquement slightly slipping on a banana skin                                            extrait de 90 vidéos de la collection du FMAC

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Vue de l’exposition, photo Thomas Maisonnasse.

24.02 – 25.03.2017 / 02.24 – 03.25.2017

Confiée à l’artiste Aurélie Pétrel, la Procuration#1 donne à écouter et lire un choix resserré de vidéos à travers plusieurs dialogues menés d’une part avec les deux commissaires, Bénédicte le Pimpec et Isaline Vuille, d’autre part avec Sandra Doublet, historienne de l’art et commissaire d’exposition, et Olivia Phlippoteau, chargée de diffusion vidéo. C’est par l’analyse de ces regards réécrits, rejoués et redistribués, de prélèvements en sélections à travers les collections du FMAC, qu’une approche à médium et géométrie variables se déploie dans l’espace d’exposition.

À l’invitation des programmatrices de la Médiathèque d’aller à la rencontre des collections vidéo du FMAC, j’ai proposé une démarche méthodique, programmatique et organique en créant une grille d’analyse sensible de la collection.

Boy, if life were only like this !

Fantasme vient du grec phantasma qui signifie apparition, fantôme, hallucination visuelle et qui est dérivé de phainein signifiant rendre visible, faire briller. L’oeuvre vidéographique répond complètement à cette image trouble de ce qui à la fois apparaît à travers un halo lumineux et aussitôt devient insaisissable. Vision romantique hypnotique. On se remémore parfois des fantômes biaisés. L’expérience vidéographique dans la proposition d’Aurélie Pétrel, Photographiquement slightly slipping on a banana skin, serait de l’ordre de la trace. La trace comme apparition tronquée de l’image, comme première possibilité de parole. Selon Adolfo Vera « Toute trace possède, en raison de sa structure, un moment de séparation, de détachement et d’effacement qui est aussi important que celui de l’inscription. »1. Effacement versus conservation, les traces de la collection vidéographique du FMAC se laissent observer les yeux en l’air ou en tendant l’oreille. C’est donc peut-être dans cet écart que se situe ce présent texte et ces conversations que l’on découvre dans l’espace d’exposition, échappant un temps à la frontalité de la vidéo ; on appréhende une collection par le biais du récit sonore, de l’installation photographique, puis de la sélection subjective à travers le regard d’Aurélie Pétrel croisé avec celui des deux commissaires.

Le spectateur tient une place active dans la réception de l’oeuvre, l’éloignant d’un strict rapport frontal de l’image selon un régime spectaculaire. Quelles propriétés les oeuvres ont-elles dans une conversation ? Qu’est-ce que notre point de vue leur apporte ? Parfois on passe à côté, comme ce personnage dans la file d’attente du cinéma dans le film de Woody Allen, Annie Hall (1977). Un professeur verbeux attaque les théories de Mac Luhan. Woody, n’en pouvant plus, fait entrer en scène le vrai Mac Luhan qui était à trois mètres de lui derrière une affiche, dans le seul but de contredire les propos du professeur… et finit ainsi : Boy, if life were only like this ! 

On n’a jamais la possibilité de sortir à point nommé la personne dont on parle pour augmenter la teneur de nos échanges, on irait alors dans le sens de la théorie de McLuhan, pour qui le « contenu » d’un médium est toujours un autre médium. Woody l’applique avec dérision, le contenu d’une conversation sur Marshall, c’est lui-même, et le contenu d’une installation photographique, c’est un échange épistolaire à partir d’une sélection subjective d’une collection vidéo.

When life is not like this, on invente des alternatives. En décrivant ou représentant ses pratiques, l’artiste révèle le processus de création de l’oeuvre : les conversations qu’elle engendre, les échanges de mails qu’elle provoque, le travail de sélection vidéos et le parcours qui s’en délie. Décrire ou représenter ses pratiques, ses gestes, c’est ce que Frank Leibovici appelle des formes de vie, « cela peut être des collections que vous avez constituées, et qui soutiennent votre travail, ou qui sont le résultat de la répétition au quotidien de vos gestes »2. Aurélie Pétrel défend le fait qu’une pratique artistique puisse être le reflet et le catalyseur de relations, ouvrir sur des formes de vie. Répétition du geste du photographe à travers huit tirages identiques qui ne se donnent à voir que par fragments. Dans ces lés photographiques en suspension dans l’espace, ce qu’on aperçoit de biais, de manière fugitive et inconsciente n’est pas moins intéressant que les vidéos qui se donneront à voir en mode ombre et sofa. C’est se laisser prendre par des fragments, des sensations, sans être dans l’exhaustivité temporelle de la vidéo ; ou jouer sur le détail et la mémoire, un manque du récit qui ne serait plus là.

Sandra Doublet

Notes

1 – Adolfo Vera, « Le cinéma ou l’art de laisser revenir les fantômes : une approche à partir de J. Derrida », Appareil [En ligne], 14 | 2014, mis en ligne le 12 décembre 2014, consulté le 2 février 2017. http://appareil.revues.org/2115                   2 – (des formes de vie), coédité par les Laboratoires d’Aubervilliers et les éditions Questions Théoriques, 2012.

 

Procurations

Les procurations sont des temps de recherche donnés à des artistes issu-e-s de différents champs de la création contemporaine, et invité-e-s à travailler à partir des collections vidéo de la Médiathèque du FMAC.