Procuration #1 : Aurélie Pétrel

Photographiquement slightly slipping on a banana skin                                            extrait de 90 vidéos de la collection du FMAC

Du 24 février au 25 mars 2017
vernissage le 23 février à 18h

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Vue de l’exposition, photo Thomas Maisonnasse.

Confiée à l’artiste Aurélie Pétrel, la Procuration#1 donne à écouter et lire un choix resserré de vidéos à travers plusieurs dialogues menés d’une part avec les deux commissaires, Bénédicte le Pimpec et Isaline Vuille, d’autre part avec Sandra Doublet, historienne de l’art et commissaire d’exposition, et Olivia Phlippoteau, chargée de diffusion vidéo. C’est par l’analyse de ces regards réécrits, rejoués et redistribués, de prélèvements en sélections à travers les collections du FMAC, qu’une approche à médium et géométrie variables se déploie dans l’espace d’exposition.

À l’invitation des programmatrices de la Médiathèque d’aller à la rencontre des collections vidéo du FMAC, j’ai proposé une démarche méthodique, programmatique et organique en créant une grille d’analyse sensible de la collection.

 

Boy, if life were only like this !

Fantasme vient du grec phantasma qui signifie apparition, fantôme, hallucination visuelle et qui est dérivé de phainein signifiant rendre visible, faire briller. L’oeuvre vidéographique répond complètement à cette image trouble de ce qui à la fois apparaît à travers un halo lumineux et aussitôt devient insaisissable. Vision romantique hypnotique. On se remémore parfois des fantômes biaisés. L’expérience vidéographique dans la proposition d’Aurélie Pétrel, Photographiquement slightly slipping on a banana skin, serait de l’ordre de la trace. La trace comme apparition tronquée de l’image, comme première possibilité de parole. Selon Adolfo Vera « Toute trace possède, en raison de sa structure, un moment de séparation, de détachement et d’effacement qui est aussi important que celui de l’inscription. »1. Effacement versus conservation, les traces de la collection vidéographique du FMAC se laissent observer les yeux en l’air ou en tendant l’oreille. C’est donc peut-être dans cet écart que se situe ce présent texte et ces conversations que l’on découvre dans l’espace d’exposition, échappant un temps à la frontalité de la vidéo ; on appréhende une collection par le biais du récit sonore, de l’installation photographique, puis de la sélection subjective à travers le regard d’Aurélie Pétrel croisé avec celui des deux commissaires.

Le spectateur tient une place active dans la réception de l’oeuvre, l’éloignant d’un strict rapport frontal de l’image selon un régime spectaculaire. Quelles propriétés les oeuvres ont-elles dans une conversation ? Qu’est-ce que notre point de vue leur apporte ? Parfois on passe à côté, comme ce personnage dans la file d’attente du cinéma dans le film de Woody Allen, Annie Hall (1977). Un professeur verbeux attaque les théories de Mac Luhan. Woody, n’en pouvant plus, fait entrer en scène le vrai Mac Luhan qui était à trois mètres de lui derrière une affiche, dans le seul but de contredire les propos du professeur… et finit ainsi : Boy, if life were only like this ! 

On n’a jamais la possibilité de sortir à point nommé la personne dont on parle pour augmenter la teneur de nos échanges, on irait alors dans le sens de la théorie de McLuhan, pour qui le « contenu » d’un médium est toujours un autre médium. Woody l’applique avec dérision, le contenu d’une conversation sur Marshall, c’est lui-même, et le contenu d’une installation photographique, c’est un échange épistolaire à partir d’une sélection subjective d’une collection vidéo.

When life is not like this, on invente des alternatives. En décrivant ou représentant ses pratiques, l’artiste révèle le processus de création de l’oeuvre : les conversations qu’elle engendre, les échanges de mails qu’elle provoque, le travail de sélection vidéos et le parcours qui s’en délie. Décrire ou représenter ses pratiques, ses gestes, c’est ce que Frank Leibovici appelle des formes de vie, « cela peut être des collections que vous avez constituées, et qui soutiennent votre travail, ou qui sont le résultat de la répétition au quotidien de vos gestes »2. Aurélie Pétrel défend le fait qu’une pratique artistique puisse être le reflet et le catalyseur de relations, ouvrir sur des formes de vie. Répétition du geste du photographe à travers huit tirages identiques qui ne se donnent à voir que par fragments. Dans ces lés photographiques en suspension dans l’espace, ce qu’on aperçoit de biais, de manière fugitive et inconsciente n’est pas moins intéressant que les vidéos qui se donneront à voir en mode ombre et sofa. C’est se laisser prendre par des fragments, des sensations, sans être dans l’exhaustivité temporelle de la vidéo ; ou jouer sur le détail et la mémoire, un manque du récit qui ne serait plus là.

Sandra Doublet

Notes

1 – Adolfo Vera, « Le cinéma ou l’art de laisser revenir les fantômes : une approche à partir de J. Derrida », Appareil [En ligne], 14 | 2014, mis en ligne le 12 décembre 2014, consulté le 2 février 2017. http://appareil.revues.org/2115                   2 – (des formes de vie), coédité par les Laboratoires d’Aubervilliers et les éditions Questions Théoriques, 2012.

rendez-vous

Rencontre entre Aurélie Pétrel, Sandra Doublet, historienne de l’art et commissaire d’expositions
jeudi 16 mars à 18h30

Nuit des Bains // Popcorn micro-ondable
jeudi 23 mars dès 18h

Interprétation de la dernière partition par Jony Valodon
et finissage de l’exposition
samedi 25 mars à 16h30