belong and observe

10 novembre 2016 – 29 janvier 2017
vernissage le mercredi 8 novembre à l’occasion de la Biennale de l’Image en Mouvement

Avec René Bauermeister, Sylvie Boisseau & Frank Westermeyer, Christoph Draeger, Christy Gast, Alexandra Navratil, Uriel Orlow, Jean Painlevé

Prologue * René Bauermeister

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Vue de l’exposition “belong and observe”, oeuvres de Christophe Draeger et Jean Painlevé
photo Thomas Maisonnasse.

Tandis que la population mondiale consommerait actuellement l’équivalent d’une fois et demie les ressources disponibles de la planète, l’une des urgences de la crise environnementale semble être la prise de conscience. Comme le souligne le philosophe Bruno Latour dans ses interventions, la question n’est pas de savoir quand la catastrophe écologique va avoir lieu, mais plutôt de se rendre compte qu’elle a déjà eu lieu et qu’il est nécessaire de changer de paradigme. Outre la crainte de dommages collatéraux tant au niveau politique qu’économique, l’un des freins à cette prise de conscience est, toujours selon Latour, la difficulté d’appréhension du problème. Les alertes sont en effet lancées par des représentants des sciences de terrain (climatologues, biologistes, géologues, océanologues, etc.) qui relèvent chacun une multitude de faits plutôt qu’une preuve unique.

C’est dans ce contexte que les géologues ont récemment annoncé, après des années de discussions, que la Terre était passée de l’ère de l’Holocène à celle de l’Anthropocène, signifiant que l’homme est aujourd’hui le principal acteur du devenir de la planète. Dans ce cadre, le lien au vivant est extrêmement sensible : par ses multiples actions, l’homme est en relation constante avec le vivant, animal et végétal, sur lequel il a un impact et qu’il participe à modifier. Les théories de James Lovelock1 sur Gaïa, qui désignent la Terre comme un écosystème où tous les éléments sont liés et interdépendants, permettent de questionner au passage l’hégémonie de l’humain – qui semble aujourd’hui indiscutable, sauf à considérer les perturbations climatiques et environnementales comme des actes de sabotage.

L’exposition belong and observe (ou comment appartenir au monde tout en étant à même de l’observer) se nourrit de ces réflexions et prend comme point de départ trois films du biologiste et réalisateur Jean Painlevé (1902-1989). Précurseur du cinéma scientifique, Painlevé enregistre et transmet de précieuses informations sur les espèces qu’il isole et observe, dans le but « d’accroître consciemment les connaissances humaines ainsi que d’exposer les problèmes et leurs solutions au point de vue économique, social et culturel »2, liant ainsi le destin des animaux avec celui des hommes. S’il ne renonce jamais à une précision et une rigueur scientifique, c’est grâce aux nouvelles techniques cinématographiques que Painlevé parvient à créer des œuvres visuelles d’une étonnante modernité, où les animaux acquièrent de curieuses caractéristiques anthropomorphiques. Oscillant entre art et science, les films de Jean Painlevé proposent une reconfiguration du savoir scientifique et permettent au spectateur de se sentir proche des sujets filmés.

En regard de ces films, les artistes réunis dans l’exposition belong and observe ont en commun de se mettre en situation d’observation en menant des recherches parfois longues sur le terrain ou dans des fonds d’archives, souvent en collaboration avec des biologistes, activistes, anthropologues ou en discussion avec les populations locales. Recherchant pour certains les traces de l’histoire coloniale dans la botanique ou la faune indigène, pour d’autres à pointer les excès de l’exploitation des ressources naturelles, ils explorent les problématiques spécifiquement liées à un territoire, n’hésitent pas à mettre en lien différentes sources et à les interpréter. Tout en se déployant dans le champ dans l’art, les pièces présentées participent peut-être à la prise de conscience des problématiques environnementales et mettent en lumière des contextes souvent complexes, où interviennent de multiples tensions, politiques, économiques et sociales

Notes :
[1] – James Lovelock, scientifique et environnementaliste britannique né en 1919.                                                                  [2 ]– Extrait de la définition du documentaire selon l’Union Mondiale du Documentaire, reprise par Jean Painlevé dans « La castration du documentaire », in Les Cahiers du Cinéma n° 21, mars 1953.


belong and observe

from November 10 2016 to January 29 2017
Opening on Wednesday November 9 at the occasion of the Biennale of Moving Image

With René Bauermeister, Sylvie Boisseau & Frank Westermeyer, Christoph Draeger, Christy Gast, Alexandra Navratil, Uriel Orlow, Jean Painlevé

 

While the world’s population is currently consuming the equivalent of one and half times the planet’s available resources, one of the most urgent issues in today’s environmental crisis seems to have to do with awareness. As is emphasized by the philosopher Bruno Latour in his talks and lectures, the question is not about knowing when the ecological catastrophe is going to happen, but rather about realizing that it has already happened, and that it is necessary to switch paradigms. In addition to the fear of collateral damage at both political and economic levels, one of the factors working against this awareness is, again in Latour’s view, the difficulty people have in fully grasping the problem. Warnings are in fact being issued by people representing the earth sciences (climatologists, biologists, geologists, oceanologists, etc.), and each one of them records a whole host of facts rather than a single piece of evidence.

It is in this context that geologists have recently announced, after years of discussion, that the Earth has shifted from the Holocene epoch to the Anthropocene period, meaning that, today, man is the leading character with regard to what is to become of the planet. In this framework, the link to the living world is extremely perceptible: through his many different actions, man is in constant contact with the living world, animal and vegetable alike, upon which he is having an impact, and to whose changes he is contributing. James Lovelock’s1 theories about Gaïa, which describe the Earth as an ecosystem in which all elements are connected and interdependent, help us, in passing, to question the hegemony of the human factor—which, today, seems indisputable, unless we regard climatic and environmental upheavals as acts of sabotage.

The exhibition belong and observe (or how to belong in the world while remaining capable of observing it) is informed by these lines of thinking, taking as its starting point three films made by the biologist and director Jean Painlevé (1902-1989). As a forerunner in the field of scientific films, Painlevé recorded and transmitted valuable information about the species he singled out and observed, his goal being to “wittingly increase human knowledge as well as shed light on issues and their solutions from the economic, social and cultural viewpoint”,2 thus connecting the fate of animals with that of human beings. While he never turns his back on specifics and scientific rigour, it was thanks to new film techniques that Painlevé managed to create astonishingly modern visual works, where animals take on curious anthropomorphic characteristics. Wavering between art and science, Jean Painlevé’s films propose a reconfiguration of scientific knowledge, and help viewers to feel close to the subjects filmed.

As far as these films are concerned, the artists brought together in the exhibition belong and observe share in common the fact that they are observers, as they undertake at times lengthy research both in the field and in archival collections, often in collaboration with biologists, activists, and anthropologists, and in discussion with local people. With some looking for traces of colonial history in botany and native fauna, while others focus on the excessive exploitation of natural resources, they are exploring issues specifically associated with a territory, and do not shrink from linking different sources together and interpreting them. While being developed in the field of art, the pieces on view are possibly part and parcel of this awareness of environmental issues, and shed light on often complex contexts, in which many different tensions, be they political, economic or social, play a role.

Notes :
[1] – James Lovelock, born in 1919, is a British scientist and environmentalist.                                                                        [2] – Taken from the definition of the documentary adopted by the Union Mondiale du Documentaire used by Jean Painlevé in “La castration du documentaire”, in Les Cahiers du Cinéma n° 21, March 1953.