slightly slipping on a banana skin – programme

slightly slipping on a banana skin – programme 

Si l’art constitue un espace de pensée à part entière, il agit à la fois dans le monde et à côté du monde; il permet de penser le réel tout en créant des objets du réel; il opère dans le prélèvement et dans le décalage, permet de se placer légèrement ailleurs et de porter un autre regard sur ce qui nous entoure. Dans son Traité de bave et d’éternité (1951) Isidore Isou inaugure le concept de discrépance : décalage entre images et bande-son, chacun suivant sa propre logique, des liens et des collisions inattendus survenant à différents moments. Dans le décalage opère donc le pouvoir de la suggestion.

Que faire ? s’interroge en 1970 Jean-Luc Godard dans son manifeste éponyme. Il y répond ainsi : 1 – Il faut faire des films politiques et 2 – Il faut faire politiquement des films; ces deux affirmations constituant selon lui deux visions antagonistes du monde, la première appartiendrait à une conception idéaliste et métaphysique alors que la seconde en serait une conception marxiste et dialectique. Que représente-t-on via l’image, avec quels moyens, et dans quels buts ? Les images et les sons étant des reflets – d’une époque, d’un individu, d’un groupe, d’une pensée mais aussi d’un pays, d’un paysage –, il s’agit aussi de réfléchir à la manière dont ils sont organisés au sein d’un montage.

Aujourd’hui, l’interrogation de Godard ne cesse de résonner avec une certaine urgence. Dans un contexte tendu, où la crise fait partie de notre vocabulaire quotidien, où les extrêmes de droite et de gauche se font de plus en plus prégnants, en bref dans un contexte où il devient compliqué de ne pas penser politiquement, peut-être pouvons nous proposer une interprétation de l’injonction du « politique » comme la création de moments d’ouverture, de collision et de dialogue. Ainsi le projet slightly slipping on a banana skin propose de faire dialoguer des œuvres historiques, certaines appartenant aux premières années de l’art vidéo, avec la pratique d’artistes et de vidéastes* contemporains. Explorant des problématiques historiques, socio-politiques ou environnementales, les associations proposées opèrent par capillarité ou par suggestion, tissant des parallèles entre différentes époques, des préoccupations et des vocabulaires formels parfois variés.

Portant un regard d’ensemble sur la collection de la Médiathèque du FMAC, le projet se déplie en chapitres et en plusieurs temporalités. Cinq expositions annuelles constituent le cœur de la programmation. Elles sont mises en perspective par le biais d’un programme parallèle en trois axes :

_Les prologues sont constitués d’une vidéo, le plus souvent issue des collections de la Médiathèque du FMAC, présentée dans l’espace du hall d’accueil situé entre les bureaux du FMAC et l’espace de la Médiathèque. Prélude, effet d’annonce ou commentaire sur l’exposition à venir ou en cours, ce programme sera visible en continu.

__Lors des procurations, c’est un artiste qui est invité à porter un regard sur les collections vidéo par le biais d’un autre médium. Suite à un temps de recherche et de discussion son projet est présenté dans les espaces de la Médiathèque.

___Les interférences sont des moments de focus, liés ou non aux expositions en cours, sur la pratique d’un artiste ou une problématique particulière. Soirées de projections, performances, rencontres ou conférences, ces interférences ont lieu dans des structures culturelles partenaires ou dans l’espace public.

Le programme s’accompagne d’une publication évolutive, qui se constituera au fil de la programmation par la collection des cartons et des livrets d’exposition, ainsi que des textes qui viendront l’enrichir ponctuellement.

* Ces termes étant à comprendre aussi bien au masculin qu’au féminin